Bénévolat à Maurice : une claque monumentale de mon expat.
Faire du bénévolat à Maurice
Destinations

Faire du bénévolat à Maurice – Moment fort #8

Aujourd’hui, dans ce nouvel épisode, je vais vous parler de quelque chose qui a vraiment marqué mon année à l’île Maurice. Quelque chose que je n’aurais peut-être jamais fait si on était restés en Europe, et qui est pourtant devenu l’une des expériences les plus riches, les plus intenses, les plus humaines de cette année. Je vais vous parler du bénévolat à Maurice.

Et je vous préviens tout de suite, cet épisode, ce n’est pas une carte postale. C’est le Maurice qu’on ne montre pas dans les brochures touristiques. Celui que j’ai découvert à travers des rencontres, des silences, des regards… et quelques tablettes de chocolat de Dubaï.

Mais j’y reviendrai.

Pourquoi faire du bénévolat à Maurice ?

Quand on a décidé de partir s’installer à Maurice pour un an avec la famille, l’idée c’était de prendre du recul. De sortir du rythme européen, de souffler, de repartir sur de nouveaux projets. Quand j’y repense, le retour à ce rythme aujourd’hui est difficile.

Et dans cette parenthèse, j’avais envie de faire quelque chose que je n’avais jamais vraiment eu le temps de faire chez nous. Du bénévolat.

Parce qu’en Espagne, et je pense que c’est pareil dans beaucoup de pays européens, trouver une association, s’y intégrer, et que les horaires soient compatibles avec ta vie de famille, c’est un parcours du combattant. On cherche, on reporte, et finalement on ne le fait jamais.

À Maurice, on s’est donné la permission de faire ce qu’on avait vraiment envie d’expérimenter.

Moi, j’ai toujours voulu me sentir utile. Aider. Contribuer à quelque chose de concret. Et être dans ce pays, où j’allais rapidement comprendre que les conditions de vie des locaux sont très très difficiles, rendait ça encore plus évident. C’était une belle occasion de m’ancrer dans ce pays autrement que comme une expatriée dans sa bulle.

s 'expatrier à Maurice

Le Charity Center, le moment fort

Concrètement, voici ce que ça ressemblait.

Tous les vendredis matin, de 9h à 15h, je me rendais au Charity Center, un shop de seconde main tenu par deux femmes extraordinaires. Elles gèrent ça d’une main de maître, avec une équipe qui est, en soi, déjà un symbole de ce que Maurice pourrait être : des locaux, des expats, des gens de nationalités différentes, de toutes religions confondues. Un joyeux mélange qui fait du bien.

Ce shop, c’est simple : des vêtements, des jouets, de la vaisselle, des objets du quotidien. À des prix symboliques. Pour les familles qui n’ont pas les moyens de s’offrir ces choses neuves.

Et c’est là que j’ai commencé à voir le vrai visage de Maurice.

Des gens qui venaient chercher un pantalon pour leur gamin. Une femme qui comptait ses roupies pour savoir si elle pouvait s’offrir un pull. Des mamans qui posaient un jouet, puis le reposaient.

Plusieurs fois, j’ai eu le cœur qui se serrait. Plusieurs fois, j’ai eu envie de dire : « laisse, je vais payer ce qui manque. »

Émotionnellement, c’était compliqué. Vraiment.

Briser la glace

Et puis il y a eu cette histoire qui résume tout.

Il y a cette femme. La soixantaine. Elle venait tous les vendredis matin, sans exception. Chaque semaine, je lui disais bonjour. Chaque semaine, elle ne répondait pas.

Pendant cinq mois.

Et puis un jour, elle m’a répondu. Avec un grand sourire. Elle m’a dit : « Comment vous allez aujourd’hui ? » en créole évidement.

Je suis restée scotchée. On avait brisé la glace. Elle m’avait accordé sa confiance.

Quelques semaines plus tard, elle m’a offert une tablette de chocolat, les fameuses tablettes de Dubaï. Ne me demandez pas comment elle les avait eues, parce que communiquer en créole, c’était un peu compliqué pour moi…

Mais cette histoire, elle dit tout.

Au début de notre arrivée à Maurice, j’avais vraiment ressenti quelque chose de froid. De distant.

Dans mon quartier, quand j’allais faire deux-trois courses chez l ‘indienne du coin, les gens me regardaient bizarrement. Il y avait des endroits où je changeais de trottoir tellement les regards étaient appuyés. J’avais assez rapidement compris qu’on n’était pas vraiment les bienvenus.

J’avais lu partout que les Mauriciens étaient accueillants. Honnêtement ? Je n’avais pas ressenti ça du tout.

Et c’est le bénévolat qui m’a donné la clé de compréhension.

L’équipe de l’association m’a expliqué que beaucoup de Mauriciens, surtout dans les milieux défavorisés, ne parlent pas aux étrangers, par pudeur. Par distance sociale. C’est un peu comme si vous étiez parachutés dans une soirée de jet-setteurs : vous ne connaissez pas les codes, vous ne savez pas comment vous comporter, vous auriez peut-être même un peu honte.

Eh bien c’est un peu ça.

Les Mauriciens qu’on voit dans les hôtels, souriants et accueillants ? Ils sont surveillés par leurs managers. Mais croisez-les dans leurs quartiers, dans leur quotidien, c’est une autre réalité.

Nous vivions à côté d’un village en tôle, un bidonville, entouré d’immeubles d’expatriés. Ce clivage était là, sous nos yeux, tous les jours.

Ce que le bénévolat m’a vraiment appris

Le bénévolat m’a permis de comprendre des choses sur Maurice qu’on ne voit pas en tant que touriste, et qu’on ne voit pas non plus en tant qu’expat quand on reste dans sa communauté.

J’ai compris la précarité de ces familles. J’ai compris ce que l’arrivée massive d’étrangers riches peut provoquer dans un pays comme celui-là. Des gens qui viennent créer des entreprises avec des taux d’imposition ultra bas, qui emploient des locaux pour 300€ par mois. Je le dis clairement : il y a de l’exploitation humaine là-dedans. Une forme d’esclavagisme moderne.

Il y a beaucoup de non-dits sur ce pays. Derrière la carte postale de rêve, des milliers de personnes viennent chaque semaine au Charity Center acheter des vêtements, des jouets, de la vaisselle, pour trois francs six sous. Parce que c’est simplement ce qu’ils peuvent se payer.

L’Agence BlueVisa s’occupe pour vous de toutes les formalités administrative pour votre installation à l’île Maurice. Grâce à Parents-Voyageurs, vous avez une réduction de 10% sur l’ensemble de leur service. En savoir plus ici

Ce que j’en garde aujourd’hui

Il n’y a pas une semaine sans que je repense à cette expérience.

Notre retour à Madrid n’a pas été simple. Il y a des moments où c’est dur, où on doute, où les fins de mois sont difficiles financièrement, où on aimerait bien un logement sans date de fin. Et dans ces moments-là, je pense à eux. Et je me dis que malgré tout, on est des privilégiés.

Nos centres de santé publique, même imparfaits, sont bien meilleurs que ceux de Maurice. Nos filets sociaux existent. Notre quotidien, même difficile, n’a rien à voir avec ce que vivent ces familles.

Alors j’essaie de relativiser. De garder cette capacité à me dire : OK, c’est compliqué, mais rappelle toi ces familles.

Et cette expérience m’a appris quelque chose de plus large, que j’essaie de transmettre aussi à travers ce podcast : quand vous voyagez, prenez du recul. En 15 jours de tourisme, vous ne verrez pas ce qui se cache derrière. Un peuple qui semble froid, distant peut-être qu’il porte des douleurs très profondes, une pauvreté extrême, des blessures sociales qu’on ne peut pas imaginer depuis une chambre d’hôtel face à l’océan.

Si vous en avez l’occasion donnez un peu de votre temps.

J’espère qu’il vous a touché autant que cette année m’a touchée.

Si vous avez des questions sur le Charity Center, et que vous souhaitez aussi les soutenir en faisant du bénévolat, voici leur Facebook pour les contacter ou rendez-vous directement sur place à Tamarin.

faire du bénévolat à Maurice

Passionnée par les mots, les images et les histoires, j’aime écrire, dessiner et photographier le monde qui m’entoure. Mais au fond, ce qui m’anime le plus, c’est le voyage : il fait partie de mon ADN. Installée à Madrid depuis 10 ans, et après avoir vécu à l’île Maurice, je partage ici mes découvertes, mes inspirations et mes aventures en famille, avec l’envie de donner à d’autres le goût d’explorer, à leur tour. ✈️

Laisser un commentaire