Grandir entre deux cultures, la France et Madagascar - #174
grandir entre deux cultures, Madagascar
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Grandir entre deux cultures, entre la France et Madagascar – Podcast #174

Emilie, mon invitée du jour est une voyageuse et une maman de 3 enfants âgés de 11, 9 et 7 ans. Mais ce n’est pas pour cela que je l’ai invitée. Les aïeux d’Emilie ont émigré à Madagascar au début du XXème. Quatre générations plus tard, Emilie et ses sœurs ont grandi sur cette île de l’Océan Indien. Que reste-t-il à Emilie de cette enfance peu banale pour une Française ? L’histoire d’Emilie et de sa famille nous plonge dans une partie de l’Histoire de France, au temps des colonies. Emilie témoigne avec beaucoup d’humilité et de recul sur les bienfaits mais également sur les questionnements qu’engendre le fait de grandir entre deux cultures.

Emilie a écrit un livre sur l’histoire de sa famille. Un témoignage important pour elle et les siens mais qui porte aussi des valeurs universelles de liens familiaux, d’attachement à la terre, de quête d’identité. Le Parfum des Cannes en feu est publié aux éditions Librinova. Vous pouvez le commander ici.

Le début d’une saga familiale à Madagascar

1908, l’arrière-grand-père d’Emilie arrive à Madagascar. En provenance de France et de Suisse, ses aïeux faisaient partie de ceux qui ont cherché à faire fortune en montant des entreprises et des commerces dans les colonies. Du côté de son grand-père, le père de son père, la famille était donc installée à Madagascar depuis une génération. Sa grand-mère, la mère de son père, elle, y est arrivée après la Seconde Guerre Mondiale, à l’âge de 16 ans.

Du côté Berger, de la famille du grand-père d’Emilie, ils avaient deux activités sur Madagascar :

  • Un comptoir colonial pour l’export d’ylang-ylang, de vanille, d’épices et l’import de biens de consommation en provenance d’Europe.
  • L’exploitation de la canne à sucre.

Le récit d’Emilie est passionnant pour ce qu’il raconte d’un pan peu connu de l’Histoire de France au temps des colonies.

Les grands-parents d’Emilie se sont rencontrés très jeunes mais les deux familles entretenaient des rapports conflictuels, l’une venant de l’administration conloniale et l’autre faisant partie des colons, les gens du terrain. Leur union n’était donc pas écrite d’avance ! La grossesse précoce de sa grand-mère a scellé leur union puis 3 autres enfants sont venus compléter la famille.

Le père d’Emilie a donc grandi entre Madagascar et la France. Il a ensuite fait ses études supérieures en France, à Paris, où il a rencontré celle qui allait devenir sa femme. L’histoire s’est répétée puisqu’ils ont très rapidement attendu un enfant et se sont mariés dans la précipitation avant d’accueillir la grande soeur d’Emilie.

Ils sont d’abord restés en France avant de saisir des opportunités professionnelles et s’installer en Afrique : Cameroun, Côte d’Ivoire et Nigéria. La proposition suivante était Madagascar où il a retrouvé ses parents et l’un de ses frères. C’était vraiment le retour au pays pour lui.

Grandir entre deux cultures – Le parcours d’Emilie

Emilie est née en France. Ses parents qui vivaient à Madagascar à l’époque ont fait ce choix pour deux raisons :

  • D’abord pour des raisons sanitaires. L’une des soeurs d’Emilie a eu besoin d’un séjour en couveuse à la naissance alors au cas où il y aurait besoin de soins particuliers, c’était plus rassurant d’être en France.
  • Et la deuxième raison c’est que son père étant né à Madagascar, de père né à Madagascar également, il a eu besoin plusieurs fois de prouver sa nationalité française. En donnant naissance en France, ses parents souhaitaient économiser à Emilie de potentielles complications administratives.

Emilie est donc arrivée à Madagascar tout bébé, alors qu’elle était âgée seulement de 3 semaines-1 mois.

Lorsqu’elle avait 8 ans, son père a été muté à la Martinique. Cette nouvelle vie a duré deux ans, au bout desquels le père d’Emilie en a eu assez d’être salarié et a souhaité devenir entrepreneur et revenir à Madagascar. Nous sommes au tout début des années 1990.

La vie à Madagascar dans les années 80-90

Dans les années 1980 à Madagascar, c’est un gouvernement communiste qui est au pouvoir. La population manque de tout et est rationnée. Un marché noir s’organise en parallèle pour pouvoir vivre plus correctement. Emilie a grandi dans ce contexte où il faut faire attention à tout. Par exemple, la vinaigrette dans le fond du saladier, on la garde pour la prochaine salade parce que l’huile est compliquée à trouver !

Chaque retour en France était absolument fascinant, hallucinant et déroutant à la fois ! Une telle abondance dans les magasins ! La France représentait l’opulence pour Emilie. Mais elle ne vivait pas mal cet écart entre entre la France et Madagascar. La France, c’était pour les vacances. Madagascar, c’était sa vie, sa réalité. Et ce n’était jamais remis en question.

Point de vue scolaire, Emilie a commencé la maternelle dans une école américaine, sans qu’elle n’en sache les raisons. Elle a ensuite bifurqué vers l’école française puis le lycée français, de la 6ème à la terminale. Elle a donc fait son cursus comme n’importe quel écolier français, en tout cas en termes de programme.

Le système scolaire malgache n’a jamais fait partie des options pour Emilie et sa famille parce qu’il ne permet pas de faire des études ensuite. Les malgaches qui font des études passent le bac français, tout du moins ceux qui font des études à l’extérieur. Il y a bien entendu des structures malgaches qui permettent d’apprendre des métiers mais elles ne permettent pas de s’élever socialement malheureusement.

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Crédit photo : Emilie

Grandir entre deux cultures et construire son identité

La construction d’un avenir en France

Emilie a grandi à Madagascar, et malgré le fait que sa famille y vive depuis plusieurs générations, les choix de ses parents ont toujours été faits pour qu’elle puisse aller vivre en France. C’est quelque chose qui a beaucoup interrogé Emilie, notamment à l’adolescence.

Elle trouvait ça tellement étrange de vivre dans un pays dont elle n’avait pas la nationalité, dont elle parlait mal la langue et où tout l’incitait à le quitter. Emilie ne parlait pas malgache. Le français étant une langue nationale à Madagascar, tout leur entourage était francophone. Il n’a jamais été question de leur apprendre, à elle et ses sœurs.

Il faut également préciser que l’entreprise familiale a été nationalisée et cela a indéniablement fragilisé l’équilibre de vie qu’ils avaient trouvé. Le grand-père d’Emilie avait conscience que les années qui suivraient seraient difficiles et que leur avenir n’était plus à Madagascar. Il n’a jamais encouragé ses enfants à y faire leur vie. D’ailleurs, le père d’Emilie était là avec un contrat d’expat’. Comme ça aurait été le cas dans n’importe quel pays finalement…

Emilie avait une relation ambivalente avec Madagascar. C’était son pays, ses racines, son lieu de vie et en même temps, elle y ressentait une sorte de malaise et d’inconfort. Elle avait un fort sentiment d’insécurité.

  • Avec toutes les crises politiques et économiques qui se sont succédé, la situation a souvent été difficile pour sa famille et toutes celles de son entourage, et ce même s’ils étaient privilégiés par rapport aux Malgaches.
  • La violence était également très présente.
  • Et enfin, il y a un tel clivage entre les Noirs et les Blancs qu’Emilie se sentait forcément différente et ne se sentait pas appartenir à l’endroit.

La question de la nationalité

À Madagascar, Emilie se sentait Française. Par exemple, pendant les vacances d’été, ils rentraient en France. Deux incohérences ici, juillet-août n’est pas du tout l’été à Madagascar et il n’y avait pas de retour puisque leur vie était à Madagascar ! Il y avait quelque chose de très franco-français dans leur manière d’envisager les choses.

En revanche, en France, et particulièrement à son arrivée à ses 18 ans, Emilie ne sentait pas du tout Française. Elle n’avait aucune référence culturelle. Point de vue langage, c’était les débuts du verlan, elle ne comprenait rien !

Mais elle n’était pas Malgache pour autant ! Quand elle disait qu’elle venait de Madagascar, les gens lui répondaient qu’elle n’en avait pas l’air… Quand elle était invitée chez des amis, les parents avaient toujours un temps d’arrêt en voyant cette jeune fille blanche arriver.

Cela la ramenait toujours au fait qu’elle n’était pas assez Française pour être Française et pas assez Magache pour être Malgache. Il manquait toujours quelque chose.

Que reste-t-il de Malgache chez Emilie ?

Cela fait plus de 20 ans qu’Emilie a quitté Madagascar. Je lui ai demandé ce qui restait de ce pays chez elle, dans sa vie quotidienne. Et pour le coup, sa réponse m’a à la fois surprise et amusée parce qu’elle a fait une réponse de Française ! Elle a immédiatement parlé de cuisine et de nourriture !! Emilie cuisine beaucoup créole et elle mange énormément de riz.

Elle a également gardé le rythme de vie malgache ou du moins, elle essaye, en fonction des saisons. Lorsque le soleil se couche vers 18h, c’est idéal pour elle mais elle ne s’habitue toujours pas aux longues soirées d’été ni aux très courtes journées d’hiver !

Les Malgaches vivent avec une sorte de mélancolie, un mélange de fierté et de tristesse mêlées qu’Emilie a gardé. Elle a aussi gardé l’humour des Malgaches.

Et puis, il lui reste des soubiques, ces grands paniers tressés. Elle en a plein et elle n’envisage pas d’autre sac ! Elle a aussi un placard plein de lambas, ces grand tissus qui servent de pyjama, de tenue pour aller à la plage, de tenue pour la maison mais aussi de nappe ou d’habillage pour le canapé.

Est-ce qu’aujourd’hui elle a trouvé les réponses à ses questionnements d’adolescente ?

Emilie n’a peut-être pas trouvé toutes les réponses mais certainement une forme d’apaisement par rapport à ses questionnements identitaires. Le fait d’avoir fondé une famille lui a permis de trouver un ancrage et de faire pousser ses propres racines, même si elles ne sont pas géographiques.

Les enfants d’Emilie n’ont pas de débat sur l’origine de leur maman. Elle vient de Madagascar et puis c’est tout. C’est aussi leur pays, un pays dont ils sont fiers, qu’ils trouvent trop beau, un pays qui est riche même s’il est pauvre. Ce sont eux qui ramènent Emilie dans la joie et la fierté de cette appartenance à un autre pays que la France.

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Crédit photo : Emilie

♥♥♥ Flo & co ♥♥♥

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Grandit entre deux cultures | Crédit photo : Emilie

Voyageuse dans l'âme depuis l'enfance, j'écrivais déjà des carnets de bord à toutes les vacances ! J'ai étudié à l'étranger, j'ai travaillé en Chine, j'ai vécu 9 ans en Belgique avant de rentrer en France. En 2024-2025, j'ai parcouru le monde avec mon mari et mes enfants pendant un an. L'une des plus belles années de notre vie ! C'est avec un immense plaisir que je partage avec vous ma passion et mes expériences et que je recueille vos témoignages.

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