Maman nomade, 30 ans de voyages et d’aventures en famille – Podcasts #176 et #177
Dans ces deux épisodes, j’accueille Camille, navigatrice, mère de 4 enfants qu’elle a eus de 4 papas différents, émigrée sur l’île de Flores, aux Açores. Son parcours de voyageuse a commencé lorsqu’elle avait 21 ans et se poursuit encore aujourd’hui, 30 ans plus tard.
Camille nous partage le récit de sa vie, faite de voyages en voilier et d’aventures en famille. Elle nous parle notamment de choix, de peurs, de déclics, de maternité. Elle nous partage une vie d’apprentissages et de curiosité, d’humilité aussi. Une vie de maman nomade très riche à bien des niveaux ! Nous avons tellement discuté avec Camille que j’ai choisi de scinder la conversation en deux épisodes.
Camille est l’autrice d’un récit autobiographique, Maman Nomade – Une boucle Atlantique, aux éditions Presépia. Ce livre relate 4 ans de voyage entre le Sénégal et les Açores, à bord du voilier Amuni, avec deux jeunes enfants. Si vous aimez les récits de voyage autant que moi, je vous recommande chaudement cette lecture !
Retrouvez Camille sur Instagram, Youtube et sur son site internet.
- Comment Camille est devenue une maman nomade
- Le fil rouge professionnel
- Les enfants et le voyage
- Les dangers de la vie en mer et de la navigation
- La vie de maman nomade en voilier
- L’école quand on est une famille nomade
- Quel avenir pour ces enfants voyageurs ?
- Quid des liens avec les papas et leurs familles ?
- Du quoi parle-t-on quand on parle de l’entretien d’un bateau ?
- Comment est-ce qu’on prépare une traversée ?
- Les différents types de marins
- Quels sont les projets de Camille et sa famille pour les prochaines années ?
Comment Camille est devenue une maman nomade
Camille a grandi en région parisienne dans les années 70. A 21 ans, elle obtient son diplôme de kinésithérapeute, son passeport pour l’aventure. Elle part directement à la Guadeloupe où elle a trouvé un poste. C’est là que commence sa vie sous les tropiques et c’est là aussi qu’elle découvre le milieu des marins grâce à l’ostéopathe avec lequel elle travaillait. Depuis, elle n’a plus quitté ce monde-là.
A 22 ans, elle part pour un premier voyage en voilier qui doit durer une dizaine de mois, il a duré une dizaine d’années… Au bout d’un an, quand le portefeuille s’est retrouvé à sec, Camille a travaillé en France quelques mois pour ensuite repartir. Elle a rapidement appris à vivre avec peu et a rencontré des gens qui vivaient sur leur voilier toute l’année. Une véritable découverte pour elle qui, à aucun moment, n’avait imaginé cette vie possible.
C’est alors, qu’avec son compagnon de voyage, ils décident de poursuivre l’aventure. Aux Canaries, une première grossesse et la naissance d’une petite fille sont venues compléter le tableau de cette vie nomade en voilier qui se construisait.
L’histoire se poursuit pendant 4 ans en Afrique de l’Ouest. Pendant cette période, Camille s’est séparée du papa n°1 et a rencontré le papa n°2, elle a acheté un bateau et eu un deuxième enfant. Avec le papa n°3 et ses deux enfants, elle s’est engagée dans une transatlantique et un voyage au Brésil puis aux Antilles.

Après 10 ans de vagabondage en mer, la famille s’installe aux Açores. A ce moment, les planètes s’alignent : besoin de se poser et de souffler car être une maman navigatrice n’est pas de tout repos ! Par ailleurs, le papa de Maloé, l’aînée, demandait que sa fille soit scolarisée. Et aux Açores, Camille a trouvé tout ce dont elle avait besoin pour devenir sédentaire : de l’eau en abondance, un faible coût de la vie, peu de gens, une nature luxuriante. Le bateau vendu, elle a pu acheter un petit terrain et s’installer.
Un troisième enfant est venu compléter ce tableau en apparence idyllique. Mais intérieurement, Camille a traversé quelques tempêtes et notamment une situation d’emprise avec le papa n°3, dont elle a fini par se séparer. C’est donc aux Açores que l’histoire continue, avec un papa n°4 et un quatrième enfant !
Aujourd’hui, Maloé a 26 ans, Andréa, le seul garçon de la fratrie, a 22 ans, Elvire a 18 ans et Gaia a 11 ans.
Cela fait 20 ans que Camille a semé cette graine aux Açores et c’est toujours là qu’elle vit. Mais pendant cette période, il y a eu des voyages de plusieurs mois et une année passée à travailler à Marie-Galante pour gagner plus d’argent. Et cela fait maintenant 2 ans qu’ils sont en voyage en voilier. Sédentaire, oui, mais toujours avec un pied vers l’extérieur quand même !
Le fil rouge professionnel
Pendant toutes ces années, Camille a pu exercer son métier de kinésithérapeute. Ce qui est très fort avec ce métier, c’est qu’il n’y a besoin que de ses mains et de connaissances. Même sans parler la même langue, on peut soigner. Le corps humain est universel, les douleurs du corps sont visibles et palpables.
Cela dit, ce n’est pas aussi simple que ça de vivre de son travail ! L’exercer oui, gagner de l’argent avec, pas toujours ! Camille nous raconte une anecdote au Cap-Vert où elle est accueillie à bras ouverts au dispensaire pour exercer. Le prix conseillé pour une séance : 20 centimes d’euros !
C’est ça que le voyage nous apprend… Il faut faire preuve d’imagination en permanence pour trouver des solutions ! A ce moment-là, plutôt que de travailler au dispensaire, Camille est allée frapper à la porte des hôtels de luxe sur l’île de Sal pour proposer des services de massage. Elle y a été chaleureusement accueillie et elle massait les clients pour 35€ de l’heure, soit 100 fois le prix par rapport au dispensaire !
Les enfants et le voyage
Les deux enfants aînés de Camille sont nés en voyage, pendant les 10 ans de vie en voilier. Les deux dernières sont nées aux Açores alors que Camille était sédentarisée. Mais ils ont tous goûté au voyage au long cours, que ce soit par la mer ou par voie terrestre.
Une petite révolution a émergé côté enfants lorsque Gaia était toute petite. Ils étaient alors en voyage en Europe, pour présenter la petite dernière aux familles et aux amis. Andréa et Elvire étaient adolescents et voulaient juste une vie normale. Ils avaient besoin d’être comme tout le monde et de maintenir un lien fort avec un groupe d’amis.
Aujourd’hui, c’est différent pour Gaia qui s’est constitué un ancrage amical dès son plus jeune âge. En voyage depuis 2 ans, bien sûr, ses amis lui manquent mais elle sait qu’elle pourra les retrouver. Ce qui n’était pas le cas pour les deux enfants aînés de Camille, qui ont passé leur enfance en voyage.

Les dangers de la vie en mer et de la navigation
Lorsqu’elle partage son parcours de vie, pour le moins atypique, Camille explique qu’elle n’a pas les mêmes peurs que tout le monde. Je l’ai interrogée, en bonne terrestre que je suis, sur les dangers de la vie sur un voilier. Je veux bien croire qu’elle n’a pas les mêmes peurs que tout le monde mais quand même ! Elever des enfants sans leurs papas, sur un voilier, est-ce que ce n’est pas ajouter du danger là où il n’y en avait pas besoin ?
Sa réponse est tellement claire et pleine d’évidences que j’ai presque hésité à couper le passage au complet. Ma question semble presque bête et inutile. Mais finalement, ce passage représente le cœur de ce qu’est la vie nomade et des choix que nous faisons pour nos enfants : être nomade ou être sédentaire.
Camille vivait déjà sur son voilier lorsqu’elle est tombée enceinte la première fois en Espagne. Elle a fait son test de grossesse à Gibraltar. Elle a fait ce qu’il fallait pour s’assurer que sa grossesse se passait bien : prise de sang, adaptation de son alimentation, échographie. Le tout, à sa charge, puisque sans sécurité sociale. Et le voilier était sa maison. C’était donc logique de continuer sa vie en voilier. S’il y avait eu une décision à prendre, c’était celle d’arrêter de voyager mais poursuivre le voyage n’était pas une décision. C’était simplement la continuité.
Quant aux dangers de la vie sur un voilier, il n’y en a pas plus qu’à terre. On apprend à nos enfants à faire attention à la route, Camille a appris à ses enfants à se comporter sur un voilier. Port du gilet de sauvetage, on ne sort pas pendant les manœuvres du bateau, etc. Il y a des règles à suivre et les enfants doivent les intégrer de la même manière que des enfants sédentaires intègrent les règles de sécurité. Et finalement, Camille souligne qu’il y a bien moins d’accidents de passagers en mer que sur terre !
La vie de maman nomade en voilier
Il y a tellement de libertés à vivre sur un voilier que notre maman nomade explique l’importance de mettre un cadre malgré tout : réveil à 8h, petit-déjeuner, toilette et nettoyage du bateau, école, préparation du repas du midi, repas, sieste et l’après-midi, balade !
Grosso modo, c’est le mode de fonctionnement de la famille depuis toujours !
Pour les enfants, il faut veiller à ce qu’ils puissent se dépenser et ce n’est pas toujours le plus facile dans un espace clos comme un voilier. Il a fallu par exemple créer des séparations entre les espaces pour que, quand ils étaient tout petits, les enfants ne puissent pas accéder à des parties où ils ne seraient plus en sécurité et déjouer la surveillance des parents. L’énergie des enfants est telle qu’il n’est pas toujours facile de la canaliser !
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L’école quand on est une famille nomade
Concernant l’école pour les deux aînés, Camille a trouvé cela facile sur le bateau. C’est vrai qu’ils étaient petits mais ils ont pu apprendre à leur rythme, sans pression, auprès d’une maman qui avait du temps pour eux. Et Camille complétait les cours particuliers qu’elle donnait à ses enfants avec des cahiers d’exercices adaptés à leur âge.
Pour le CP et le CE1 de Maloé, Camille a fait l’expérience du CNED, en candidat libre. Elle a tout de suite trouvé que c’était trop de travail et trop de contraintes. Maloé devait travailler 4 à 5 heures par jour. Ce n’était pas compatible avec la vie qu’ils avaient sur le bateau. Du coup, Camille a adapté et gardé ce qui l’intéressait dans cette proposition d’instruction.
Quand les enfants ont ensuite été inscrits à l’école aux Açores, c’est devenu moins facile de partir en voyage. C’est toujours plus simple d’inscrire un enfant dans une école que de le retirer. Pour le premier long voyage, lorsque les enfants sont rentrés avec un niveau scolaire supérieur à celui qu’ils avaient au départ, l’institution a reconnu la progression et n’a plus fait de difficultés pour les départs suivants !

Quel avenir pour ces enfants voyageurs ?
Camille est la maman de 3 grands enfants, en âge de prendre leurs propres décisions et de décider pour leur avenir. J’ai donc demandé à Camille quels étaient les projets de vie de ses trois aînés.
- Maloé a fait des études d’ingénieur hydraulique à Grenoble. Arès 3 ans d’économies, cela fait un an qu’elle vit et voyage en voilier avec son compagnon. Ils partagent d’ailleurs un bout de chemin avec Camille, Marco et la petite dernière Gaia. Ils envisagent de continuer la vie en bateau mais vont devoir s’arrêter un an aux Antilles pour renflouer les caisses et envisager l’avenir ! Le projet un peu fou actuellement dans les têtes est de fonder une famille et vivre avec les grands-parents sur un grand bateau !
- Andréa a fait des études scientifiques également, entrecoupées de 2 ans de travail mais finalement, du haut de ses 22 ans, il sait déjà qu’il aura besoin de liberté dans sa vie professionnelle. Il est en train de monter un projet de guesthouse aux Açores.
- Quant à Elvire, elle a quitté la maison à 14 ans pour faire ses études en France en internat. Aujourd’hui, elle poursuit des études de kiné en Belgique, facilitées par sa nationalité belge. Elle est proche de la famille de son papa. Elle envisage ensuite d’exercer ailleurs, peut-être en Nouvelle-Calédonie.
Camille résume cela en quelques mots. Elle a des enfants très autonomes dans leurs choix de vie et le monde entier est une possibilité. Leur champ des possibles est très très grand.

Quid des liens avec les papas et leurs familles ?
La configuration de la famille de Camille est très éclatée, du fait des 4 papas et bien sûr, de la vie nomade puis de l’émigration aux Açores. Comment dans ce contexte garder un lien avec son papa et comment créer une relation avec des grands-parents, des oncles et tantes, des cousins ?
Dans la malchance d’avoir des papas peu intéressés par leur progéniture, Camille a bénéficié d’une grande liberté dans ses choix pour ses enfants. Pour autant, elle a maintenu de manière active le lien avec les familles des papas. Maloé, par exemple, est allée chaque année en vacances dans la famille de Camille et dans la famille de son papa. Pour Andréa et Elvire, c’est un peu moins simple avec leur père respectif mais ils ont tout de même des liens, ainsi qu’avec les familles de leur père. Elvire a des liens par exemple avec ses demi-frères et soeurs.
Avec le recul, Camille reconnaît que ce chemin n’a pas toujours été simple à gérer mais, les problèmes qu’elle a eus dans ces liens familiaux auraient tout aussi bien pu être les mêmes que si elle avait été sédentaire en France.
Du quoi parle-t-on quand on parle de l’entretien d’un bateau ?
Changement de sujet après avoir abondamment parlé des enfants, concentrons-nous un peu sur le bateau. Que représente l’entretien d’un bateau quand on voyage ?
Il faut avoir conscience qu’un bateau, c’est une maison, une voiture, une voilure, une cuisine, etc. Il faut être à la fois électricien, plombier, soudeur… Il faut tout gérer soi-même ! Et surtout, tout est important ! Une maison un peu décrépie, ce n’est pas très grave. En bateau, n’importe quel petit problème peut très vite devenir un très gros problème en navigation. C’est donc très exigeant d’entretenir un bateau avec lequel on navigue.
Camille estime que cela représente minimum 1h-1h30 de travail chaque jour. C’est un investissement quotidien pour pouvoir continuer à mener leur vie comme ils l’entendent.
Aujourd’hui, Camille, son compagnon et même Gaia, ont chacun leurs attributions en fonction de qu’ils aiment faire. Camille n’aime pas gérer la technique et est plus à l’aise en cuisine. Et ça tombe plutôt bien !

Comment est-ce qu’on prépare une traversée ?
J’en ai d’ailleurs profité pour interroger Camille au sujet du réapprovisionnement parce que ce sont des passages qui m’ont beaucoup marquée à la lecture de son livre. Elle nous explique dans l’épisode la préparation d’une traversée.
Quand on envisage une traversée de 15 jours-3 semaines, il faut anticiper de potentiels problèmes, tels que la casse du mât, ce qui ferait inévitablement perdre beaucoup de tems. Donc pour une traversée, il faut prévoir environ 3 mois de nourriture.
Mais la ressource la plus essentielle, c’est l’eau ! Camille compte un peu plus de 400L d’eau douce pour une famille de 4, avec une consommation moyenne de 5L par jour.
Pour la nourriture, il faut prévoir du gaz en suffisance et du riz, de la semoule, de la farine de mais, de la purée et des conserves de légumes et de viande que tu prépares en amont ! Ensuite, des wraps, des crackers, etc. Tout ce qui peut se conserver en épicerie est bon à prendre !
Le bateau, lui, doit être nickel et 100% opérationnel. Une traversée ne se décide pas quelques jours à l’avance en fonction de la météo. Elle est soigneusement préparée et mise à exécution quand la météo le permet.
Les différents types de marins
Dans son livre, Camille évoque la communauté des marins, l’occasion pour moi d’en apprendre un peu plus sur cette communauté.
Elle explique les différents types de marins. Camille et sa famille voient leur bateau comme un petit van, un moyen de voyager d’un point A à un point B, lentement. Certains marins voient leur bateau comme un aboutissement, un bijou pour frimer et « faire des ronds dans l’eau », d’autres comme un moyen de réaliser des performances, etc…
Il y a des équipages qui sont partis sans date de retour, d’autres partent pour un temps défini, souvent d’une année. tous ces différents projets de vie dessinent une communauté bien diverse finalement, qui me rappelle beaucoup la communauté des voyageurs sur terre !
Quels sont les projets de Camille et sa famille pour les prochaines années ?
Pour les prochaines années, même si rien n’est gravé dans le marbre, plusieurs idées sont en cours de travail.
- Primo, le voyage en bateau va continuer pendant encore 2-3 ans. Après ça, ils iront se reposer à Flores aux Açores pendant 2 ou 3 ans.
- En parallèle, Camille souhaite continuer à écrire et développer son école de massage en ligne, avec pourquoi pas des retraites de massage organisées à la Dominique.
- Le bateau associatif avec sa fille et des petits-enfants à venir est aussi dans un coin de sa tête !

Pour conclure, Camille lance un message d’espoir et de soutien à toutes les femmes. Croyez en vous, vous êtes fortes et vous êtes capables de beaucoup. Libérez-vous des injonctions et foncez !
♥♥♥ Flo & co ♥♥♥
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