S’expatrier au Québec avec des enfants – Podcast #179
Dans cet épisode de podcast, j’accueille Elodie qui est partie vivre au Québec avec sa famille il y a deux ans. Pourquoi partir quand on aime sa vie en France ? Quelles difficultés ont-ils rencontré en arrivant au Québec ? Quels choix ont-ils dû faire pour enfin se sentir à leur place dans cette vie canadienne ? Elodie partage en tout humilité les défis auxquels ils ont été confrontés. S’expatrier au Québec avec des enfants n’est pas un long fleuve tranquille !
Présentations de la famille et de leur projet de s’expatrier au Québec avec des enfants
Elodie, 42 ans, vit au Québec depuis deux ans avec son conjoint et leurs deux enfants, Arthur, 11 ans et Olivia, 7 ans. Elodie est originaire de Marseille, son conjoint de Bordeaux, ils se sont rencontrés à New York et ont vécu dans plusieurs villes de France. Comme le dit Elodie, ils ont la bougeotte !
Ils se sont toujours dit qu’ils aimeraient de nouveau vivre à l’étranger, mais avec les enfants, pour pouvoir leur montrer ce que c’est de vivre ailleurs, d’être étranger ailleurs. Ils attendaient donc une opportunité pour pouvoir concrétiser ce projet. En tant que professeure des écoles, Elodie a la possibilité de postuler dans des écoles françaises à l’étranger ou des écoles « partenaires ». Ce qu’elle fait depuis qu’elle est en poste ! Mais il fallait une opportunité dans un pays où son conjoint pouvait également obtenir un visa de travail et trouver du boulot.
En 2024, une opportunité s’est concrétisée pour enseigner le français dans une école anglophone du Québec. Réponse définitive en avril pour un départ en juillet. C’était rapide mais les préparatifs ont été efficaces !
L’école où a été affectée Elodie est dans un petit village de Montérégie, au Sud de Montréal, entre Montréal et la frontière Américaine. La Montérégie est une région très agricole avec des petites fermes en bois, typiques de l’Amérique du Nord. On la surnomme le grenier du Québec, avec champs de maïs et vergers à perte de vue. Venant du centre-ville de Marseille, se retrouver dans un environnement si rural était difficile à envisager pour la famille, d’autant qu’il fallait quand même que le conjoint d’Elodie puisse trouver du travail ! Il se sont donc installés dans une ville de taille moyenne, 50 000 habitants, au Sud de Montréal.
Si tout semble idyllique sur le papier, cela n’a pas été le cas du tout ! Pendant au moins 3 mois, chaque soir, la petite famille se demandait « mais qu’est-ce qu’on a fait ? ». Tout a commencé par la complexité de l’inscription à l’école pour les enfants.



L’école au Québec
En tant que professeure des écoles et maman d’élèves, Elodie a un bon aperçu du fonctionnement des écoles au Québec. Elle nous apporte donc son éclairage du point de vue de l’enseignante. Elle nous partage également leur vécu familial avec une arrivée un peu compliquée pour les enfants mais pour elle aussi.
Le fonctionnement du système scolaire au Québec
L’école est obligatoire à 6 ans. Avant cela, il y a possibilité d’avoir 2 ans d’équivalent de notre maternelle, très axés sur le jeu et le vivre-ensemble, sans véritables apprentissages académiques. A l’entrée en première année, équivalent de notre CP, il y a deux systèmes : le francophone et l’anglophone.
Dans le système anglophone, le français qui est enseigné est une deuxième langue donc le niveau n’est pas le même que le français qui est enseigné en école francophone. Logique mais c’est à prendre en compte quand on est une famille française.
Dès le primaire, les élèves ont plusieurs enseignants : un référent pour les matières principales et des spécialistes pour des matières complémentaires telles que le sport, l’art, la musique, l’éducation à la santé, etc. Cela dépend un peu des écoles pour les spécialités.
Il y a classe 5 jours par semaine, de 7h30 à 14h30 avec 50 minutes de pause. Les vacances sont réduites par rapport à la France : 2 semaines à Noël, 1 semaine en mars et 2 mois l’été. Le rythme est donc très soutenu.
L’apprentissage est ludique et bienveillant, le travail organisé en projets. Il n’y a pas de devoirs à la maison, pas d’apprentissage par coeur, les enfants doivent comprendre les concepts. Elodie souligne également l’importance accordée au lien affectif et à l’accompagnement émotionnel des enfants. La relation avec élève-enseignant est différente. C’est plus un copain au Québec qu’en France, où il y a un rapport d’autorité entre l’enseignant et les élèves.
L’environnement est très encourageant, même quand il y a des mauvais résultats, l’enfant est valorisé s’il a fait de son mieux. On lui répète souvent qu’il est capable et qu’il va y arriver.
Le lien avec les parents est également très différent puisqu’au Québec, les parents interpellent directement le directeur en cas de problème et ne s’adressent pas directement à l’enseignant.
Pour en savoir plus sur d’autres systèmes scolaires, je vous invite à écouter le témoignage de Vincent en Norvège, Hélène en Nouvelle-Zélande, Astrid aux Etats-Unis et Emilie en Espagne.
L’expérience des enfants dans des écoles québécoises
Dès qu’ils ont su où ils allaient vivre, Elodie et son conjoint avaient contacté l’école de quartier pour inscrire les enfants mais ils ne pouvaient rien faire tant qu’ils n’avaient pas leurs papiers. Ils avaient donc rendez-vous à l’école le lendemain de leur arrivée pour régler cela. Mais à ce moment-là, la secrétaire leur annonce qu’il n’y a plus de place dans l’école pour Arthur et Olivia. Il leur fallait patienter une semaine pour recevoir leur affectation.
Arthur, 10 ans, s’est retrouvé dans une école à 45 minutes de route qu’il ferait en bus scolaire (avec donc le départ à 6h15) et pour Olivia, 5 ans, ce serait une autre école à 35 minutes de route, en bus également. Pour le retour, soit ils reprenaient le bus scolaire pour rentrer à la maison mais ils s’y retrouveraient seuls au milieu de l’après-midi ou alors Elodie pouvait faire le tour de la ville en voiture pour récupérer ses enfants après le travail. Un trajet global d’1h30. Autant dire que point de vue organisation et rythme, c’était carrément catastrophique.
Ils avaient quand même obtenu qu’en rentrant avec le bus scolaire les enfants soient pris en charge par la garderie proche de chez eux. Mais petit problème de taille, la première semaine, le bus d’Olivia n’est jamais passé. C’était chaque matin la course pour Elodie pour emmener sa fille, la jeter dans cette nouvelle école où elle ne connaissait personne, et arriver à l’heure dans sa propre classe pour sa journée de travail.


Le salut est venu d’une discussion sur un groupe Facebook où Elodie a appris, qu’avec son visa de résident temporaire, elle avait accès à l’école anglophone pour ses enfants. L’accès à ce type d’école est très réglementé. Cela résulte d’une politique militante de la province du Québec pour garder la langue française bien vivante. Le temps de faire les formalités et que les dossiers soient complets et acceptés, mi-septembre, Arthur et Olivia ont pu faire leur rentrée dans une école anglophone, la même pour tous les deux, située à 15 minutes de la maison. Soulagement !
Olivia s’est très rapidement adaptée et a facilement trouvé sa place dans cette école anglophone, malgré les difficultés avec la langue. Pour Arthur, en équivalent CM1, cela a été très très difficile pendant 2 bons mois parce qu’il ne comprenait rien et son enseignant principal ne parlait pas du tout français. Donc vraiment très difficile et une forte envie de retourner si ce n’est en France, à tout le moins, dans un environnement francophone. Cela a évidemment été très difficile à vivre également en tant que parents avec beaucoup de remises en questions. Etait-ce vraiment le meilleur choix à faire pour leur famille ?
Suite à un incident à l’école, Elodie a contacté la directrice pour voir ce qui pouvait être fait pour aider Arthur qui était vraiment en souffrance. Il a été changé de classe et a trouvé une enseignante qui l’a accompagné émotionnellement, qui pouvait traduire en français quand il y avait besoin et qui a su lui redonner confiance. Arthur s’est métamorphosé en l’espace de quelques semaines à peine.

L’expérience d’Elodie en tant qu’enseignante dans une école Québécoise
Si Arthur a retrouvé la joie de prendre le chemin de l’école après 3 mois un peu chaotiques, il se trouve que la rentrée a également été très difficile pour Elodie en tant qu’enseignante.
Elle a été affectée dans une école rurale, défavorisée ++++, avec beaucoup de précarité, que des blancs dans la classe, tous enfants de fermiers, sans aucune mixité sociale ou culturelle comme elle peut connaître en centre-ville de Marseille. Si ses collègues l’ont très bien accueillie, cela n’a pas été le cas de tous les élèves ou familles. Elle a été insultée « la Française rentre chez toi », elle a même été menacée de mort par un élève. Toute l’année, Elodie est allée travailler avec la boule au ventre.
A côté de cela, le rythme scolaire est également assez éprouvant pour Elodie. C’est assez exigeant point de vue énergie, à la fois pour les enseignants mais aussi, et surtout, pour les élèves ! Elodie remarque que le vendredi, elle ne fait pas vraiment « école ». Plus personne n’a l’énergie nécessaire pour apprendre.
L’évolution du projet de vie
Après un premier trimestre de vie au Québec très intense émotionnellement et professionnellement, l’hiver est arrivé. Bien loin du soleil hivernal Marseillais, pendant l’hiver au Québec, les gens se replient un peu sur eux-mêmes et sortent moins. La famille d’Elodie n’a eu que peu d’occasions de créer des liens dans leur nouvelle ville. Ce qui était un choix délibéré de s’éloigner un peu de la communauté française et de tenter de s’intégrer dans la communauté de leur petite ville s’est avéré un choix plus difficile que prévu et un peu lourd à porter.
Ils ont assez rapidement pris la décision de rester une deuxième année au Québec mais d’essayer de déménager à Montréal pour retrouver une vie urbaine qui leur convient mieux. Elodie a fait une demande à son employeur de l’affecter dans un autre secteur, plus proche de Montréal pour qu’ils puissent y déménager. La personne a été très compréhensive et s’est démenée pour que cela fonctionne. En juin de la deuxième année, toute la famille a donc pris ses quartiers dans le Sud de Montréal, en ville, en bordure du St-Laurent.
Les enfants ont donc changé d’école mais sont restés dans le système anglophone. En retrouvant un environnement urbain et culturellement mixte, Arthur notamment s’est fait de très très bons amis, ce qui n’était pas le cas dans la première école. Et il n’a plus aucun problème en anglais !
En décembre de la deuxième année, alors qu’ils étaient enfin bien installés dans une vie qui leur convenait mieux, ils ont tout de même fait le choix de rentrer en France à l’été suivant.
Ce qui va leur manquer et ce qu’ils sont contents de retrouver en France
A la fin de cet été, Elodie et sa famille retourneront vivre à Marseille mais beaucoup de choses de leur vie au Québec leur manqueront :
- La nature, les forêts, les couleurs de l’automne.
- La gentillesse des québécois, la confiance qui règne et la sécurité partout.
- Parler anglais tous les jours.
D’un autre côté, ils sont plus qu’heureux de retrouver la nourriture française et des produits de qualité à des prix corrects, leurs proches évidemment, une vie sociale riche et puis… le soleil, le printemps ! Parce que l’hiver québécois dure 6 mois et c’est très long !




Ce que les enfants ont appris
Au retour à Marseille, les enfants ne vont pas retrouver leur école ou leurs copains de classe. Arthur va entrer au collège dans un établissement bilingue français-anglais et Olivia a été affectée dans une autre école que celle où ses copines de maternelle sont. Olivia va quand même retrouver une copine avec qui elle fait de la danse à Montréal. Tout à fait improbable !
Mais les enfants, même s’ils savent que ce ne sera pas forcément facile et que cette nouvelle situation va encore leur demander des facultés d’adaptation, sont prêts et pas vraiment stressés par rapport à cela. Après les deux ans qu’ils viennent de vivre, ils savent qu’ils sont capables de surmonter cela. Et surtout, ils savent que ce genre de situation un peu inconfortable au début ne dure pas. Ils sont tous les deux plutôt confiants.
Retrouvez Elodie sur Instagram sur son compte @ilyadesfois.
♥♥♥ Flo & co ♥♥♥
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